Les Dimanches Latte

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Quelque part à Mirabel, le 2 août 2026 – Le changement : mon sport extrême préféré

Il existe une légende urbaine qui prétend que les Taureaux détestent le changement.

Permettez-moi de rire.

Non.

Permettez-moi de m’étouffer de rire.

Je ne sais pas quel Taureau ils ont interrogé pour pondre cette théorie, mais il devait probablement être empaillé depuis 1847. Parce que moi, le changement, ce n’est pas une option. C’est une nécessité physiologique. Comme respirer. Comme boire un café. Comme râler sur quelqu’un qui met du lait avant les céréales.

À intervalles plus ou moins réguliers, il y a un phénomène étrange qui se produit. Je commence à manquer d’air. Rien de médical, enfin… je ne crois pas. C’est simplement cette sensation qu’il faut partir. Que les murs se rapprochent. Que les habitudes deviennent des barreaux joliment décorés. Que si je reste là une semaine de plus, je vais finir par parler aux plantes vertes.

Alors je déménage. Ou je voyage. Ou je change quelque chose. N’importe quoi, du moment que je bouge. Parce que rester immobile trop longtemps, pour moi, c’est comme demander à un requin de faire une sieste dans une baignoire. Techniquement, il peut. Très longtemps, non.

Le plus drôle, c’est que ce besoin est complètement irrationnel. Je peux être heureuse. Aimer ma maison. Aimer mon quartier. Aimer mes voisins. Et pourtant, un matin, mon cerveau se réveille en disant : « Bon. On s’en va ? » Sans raison. Comme ça. Et le pire, c’est que je comprends immédiatement qu’il a raison. Je ne pars pas parce que ça va mal. Bon… parfois si. Je ne vais pas vous mentir.

Mais même quand tout va bien, il arrive un moment où mon cerveau regarde les cartons de déménagement comme d’autres regardent les soldes. Je pars parce que j’ai besoin d’ouvrir une fenêtre à l’intérieur de moi.

Et je peux vous garantir une chose : le moment où je prends la route…

Ah…

Cette première heure de voiture est indescriptible. J’ai toujours l’impression de remonter à la surface après avoir retenu ma respiration pendant des mois. Je respire enfin. L’air paraît différent. Les paysages aussi. Même les stations-service deviennent exotiques. Bon, il ne faut peut-être pas exagérer : une station-service reste une station-service. Mais l’idée est là. Une espèce de bouffée d’oxygène me traverse entièrement, comme si tout mon corps disait : « Merci. Enfin. »

Et puis il y a les amis. On me demande souvent : « Tu n’as pas peur de laisser tout le monde derrière ? »

Derrière ?

Qui a parlé de derrière ?

Nous ne sommes plus en 1982. Je ne disparais pas dans une caravane tirée par des chevaux. Je réponds au téléphone. J’envoie des messages. Je prends le train. Ils viennent. Je viens. Je ne tombe pas dans le coma parce que j’ai changé de code postal. J’habite simplement… un peu plus loin. (…)

En revanche, il existe une catégorie de changement que je ne supporte absolument pas. Vous connaissez forcément cette situation. Une procédure fonctionne parfaitement. Tout le monde est content. Elle est fluide. Claire. Efficace. Bref, le miracle administratif existe.

Et là… arrive Kevin. Ou Jean-Michel Innovation. Ou Daphnée « J’ai eu une idée sous la douche ». Ils annoncent, très fièrement : « On va tout modifier. »

Pourquoi ? Personne ne sait. Parce qu’ils peuvent. Parce que changer donne l’impression d’être intelligent.

Spoiler : non.

Changer pour changer n’est pas une compétence. C’est un hobby. Et souvent un hobby dangereux.

Quant à moi, je sais déjà qu’un jour, je referai des cartons. Encore. Je râlerai en portant le canapé. Je jurerai que c’est la dernière fois. Je retrouverai quinze chargeurs dont je ne connais toujours pas l’utilité. Puis je prendrai la route. Et comme à chaque fois, cette sensation reviendra. Cette immense respiration. Cette bouffée d’oxygène.

Certains ont besoin de racines. Moi, j’ai besoin d’horizons. Je n’ai jamais fui ma vie. J’ai simplement toujours couru vers la suivante.

À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité. 🙂