Quelque part à Granby, le 28 juin 2026 – L’impatience, cette qualité honteusement sous-estimée.
On dit souvent que la patience est une vertu. Personnellement, je pense surtout que c’est un luxe réservé aux gens qui n’attendent jamais rien.
Parce que moi, l’attente me ronge. Littéralement. Attendre une réponse à un courriel ? Je peux le faire. Techniquement. Comme je peux aussi traverser un désert en tongs ou manger une soupe brûlante avec une fourchette. La question n’est pas de savoir si c’est possible. La question est de savoir pourquoi quelqu’un m’infligerait ça.
J’ai toujours été impatiente. Une vraie. Une pure souche. Petite, je secouais probablement les cadeaux de Noël dès le mois d’octobre. Adolescente, je lisais la dernière page des romans avant d’avoir terminé le premier chapitre. Adulte, je suis capable d’envoyer un message, de regarder mon téléphone dix secondes plus tard et de me demander si mon interlocuteur n’a pas été victime d’un enlèvement. J’exagère. À peine.
L’attente produit chez moi des phénomènes étranges. Une réponse qui tarde devient immédiatement un dossier d’enquête. Une absence de nouvelles pendant trois heures me pousse à envisager qu’une panne mondiale des télécommunications est peut-être en cours. Après vingt-quatre heures, j’ai déjà imaginé plusieurs scénarios, rédigé mentalement les conclusions et probablement commencé à résoudre un problème qui n’existe pas encore.
Le plus fascinant reste les gens patients. Ceux qui disent, avec un calme olympien : « Ça viendra quand ça viendra. » Cette phrase me donne envie de renverser une table. Nous parlons d’un colis ou d’une prophétie maya ? Je suis convaincue que ces personnes possèdent un organe que je n’ai jamais reçu à la naissance. Une petite glande chargée de produire du calme et de la sérénité. Moi, à la place, on m’a installé un moteur V8 qui tourne en permanence et qui répète : « Alors ? Alors ? Alors ? »
Pourtant, en vieillissant, je commence à soupçonner que l’impatience souffre d’une réputation exagérément mauvaise. Parce que regardons les faits. Qui relance les dossiers ? Les impatients. Qui demande où en est le projet ? Les impatients. Qui refuse qu’une décision simple passe par trois réunions, deux comités, une consultation stratégique et un sacrifice rituel sous la pleine lune ? Les impatients.
On leur reproche de vouloir aller trop vite. Je trouve cela injuste. La plupart du temps, ils veulent simplement que les choses avancent à une vitesse compatible avec l’existence humaine. J’ai travaillé avec des personnes capables d’attendre une réponse pendant deux semaines sans sourciller. Deux semaines. À ce stade, ce n’est plus de la patience. C’est une expérience spirituelle.
Moi, au bout de quarante-huit heures, je commence à rédiger ce que j’appelle un « petit suivi ». Une expression extraordinairement élégante qui signifie en réalité : « Je refuse que ce sujet disparaisse dans le Triangle des Bermudes administratif. » Et lorsque je reçois en retour un magnifique « Je reviens vers vous rapidement », mon cerveau traduit instantanément : « Je n’ai absolument aucune idée du moment où cela arrivera, mais j’espère que cette phrase suffira à calmer vos ardeurs. »
Bien sûr, l’impatience a ses défauts. Elle empêche d’apprécier pleinement certaines expériences comme les files d’attente, les embouteillages, les plateformes téléphoniques ou les personnes qui racontent une anecdote en commençant par la météo, le prénom du voisin et la couleur des rideaux. Mais elle possède aussi une qualité que ses détracteurs oublient souvent : elle nous rappelle que le temps est la seule richesse dont nous ignorons le solde.
Alors oui, je suis impatiente. Profondément. Chroniquement. Probablement incurablement. Et même si j’apprends peu à peu à mieux tolérer l’attente, je doute qu’un jour quelqu’un me regarde patienter sereinement une réponse importante en pensant : « Quelle femme paisible. » Parce qu’au fond de moi, pendant que j’afficherai un sourire parfaitement civilisé, un petit hamster en tailleur et escarpins cachera toujours une paire de bottes de cowboy poussiéreuses, prêt à sauter dans sa roue en criant : « Bon. On fait quoi maintenant ? »
À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité. 😉

