Les Dimanches Latte

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Quelque part à Bromont, le 14 juin 2026 – Le pardon est devenu le yoga émotionnel préféré de notre époque.

Respire. Pardonne. Élève-toi. Bois de l’eau citronnée. Coupe les liens toxiques mais « dans la lumière ». À croire que si tu ne pardonnes pas, tu vas spontanément te transformer en vieille sorcière vivant seule avec douze chats et une rancune hydratée depuis 2007.
Honnêtement ? Vu le prix des loyers et le comportement des gens ces dernières années, ça commence presque à ressembler à mon projet de vie.

Mais personne ne parle du vrai sujet : le prix du pardon.

Parce qu’il y a une énorme différence entre tourner la page… et faire semblant que le livre n’a jamais brûlé. On peut oublier des mots, oui. Avec le temps, les conversations deviennent floues. Par contre, le feeling qu’elles laissent ? Lui, il s’installe comme un locataire qui ne paie jamais son loyer. Certaines phrases ne nous détruisent pas à cause de leur violence, mais à cause de ce qu’elles réveillent en nous. Et ça, aucun « je suis désolé » envoyé à 23 h 48 avec quinze emojis tristes ne vient l’effacer.

J’aime dire que je ne suis pas rancunière. Franchement. Je pardonne les retards, les maladresses, les gens qui coupent leurs spaghetti avant de les manger … je suis ouverte. Mais pour les vraies affaires ? Ah non. Quand quelqu’un franchit certaines lignes, il ne perd pas une discussion : il me perd moi. Définitivement. Parce qu’à l’intérieur, le lien s’est cassé. Et un lien brisé, ce n’est pas un vase qu’on recolle avec une citation inspirante et trois séances de méditation à des fins de publications sur les réseaux sociaux en tout genre.

On nous vend souvent le pardon comme la version émotionnelle du luxe silencieux. Les gens qui pardonnent auraient atteint une sagesse supérieure, flottant au-dessus de la souffrance avec une tisane à la camomille dans les mains. Mais pardonner quelqu’un qui t’a réellement brisé peut parfois ressembler à une trahison envers toi-même. Comme si tu devais renoncer à des promesses que tu t’étais faites : ne plus jamais accepter le manque de respect, ne plus laisser quelqu’un te diminuer, ne plus tolérer ce qui t’a détruit une première fois.

Et soyons honnêtes : le respect perdu revient que très rarement. Les excuses peuvent être sincères. La culpabilité aussi. Mais certaines personnes arrivent trop tard avec leurs regrets, quand tout est déjà mort à l’intérieur. Ce n’est pas de la haine. C’est pire parfois : c’est l’absence totale d’attente. L’indifférence propre et bien repassée.

On confond souvent pardon et retour. Pourtant, on peut avancer sans pardonner. On peut être heureux sans réinviter certaines personnes dans notre vie. Des fois, le vrai pardon, c’est justement de ne plus jamais y retourner. Ne plus vouloir rejouer le même scénario, même avec des acteurs qui promettent avoir changé. Parce qu’il y a des douleurs qui ne demandent pas une réconciliation. Elles demandent juste une sortie de secours.

Et au fond, on ne déteste pas toujours les gens pour ce qu’ils ont fait. On déteste ce qu’ils ont réveillé en nous : la peur, le doute, cette version de nous-mêmes qu’on a dû reconstruire seule pendant qu’eux dormaient probablement très bien la nuit.

Alors non, il ne faut peut-être pas pardonner tout le monde dans cette vie.
Certaines personnes ne sont pas des leçons.
Ce sont des clôtures.

À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité. 🙂