Les Dimanches Latte

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Quelque part à Magog, le 24 mai 2026 – Entre le dire et le faire : il y a parfois un océan… et quelques requins

Il y a les gens qui parlent.
Et il y a les gens qui agissent.

Entre les deux, il existe parfois un océan si vaste qu’on pourrait y perdre des continents entiers de promesses, quelques cargaisons de « je te jure » et deux ou trois Titanic d’intentions nobles. Le problème aujourd’hui, ce n’est pas que les gens mentent. Non. Le problème, c’est qu’ils parlent avec une conviction tellement spectaculaire qu’on finirait presque par applaudir la performance. Certains promettent comme d’autres respirent : naturellement, abondamment et sans la moindre conséquence morale. « Je serai toujours là. » « Tu peux compter sur moi. » « Je vais changer. » Bien sûr. Et moi, dès lundi, je deviens astronaute thérapeute pour dauphins dépressifs.

Il faut reconnaître une chose aux grands prétendants de ce monde : ils ont du talent. Un vrai. Celui de bâtir des cathédrales avec du brouillard. Ils excellent dans l’art du paraître, dans cette discipline olympique qui consiste à donner l’impression d’être profond alors qu’ils ont l’épaisseur émotionnelle d’une cuillère en plastique. Les pires, à mes yeux, resteront toujours ceux qui prétendent. Ceux qui veulent avoir l’air courageux sans jamais traverser le feu, généreux sans jamais rien donner, loyaux sans jamais rester. Ils portent leurs belles paroles comme des costumes sur mesure, espérant que personne ne remarque que les coutures craquent dès qu’il faut agir.

Et puis il y a cette étrange épidémie moderne : vouloir être admiré pour des choses qu’on ne fera jamais. Certains parlent de leurs ambitions comme des producteurs hollywoodiens présentent un blockbuster à cent millions de dollars… sauf qu’au bout du compte, le film ne sort jamais. Trop de paroles, pas de scénario. Ils annoncent des révolutions et disparaissent dès la première difficulté, laissant derrière eux un parfum bon marché de faux courage et d’excuses recyclées. Pourtant, les actes ont cette brutalité magnifique : ils révèlent tout. Ils arrachent les masques sans demander la permission. Les mots peuvent séduire, manipuler, hypnotiser même. Mais les actes… les actes ne mentent jamais très longtemps.

Moi, quand je dis, je fais. Et quand je dis ce que je pense, c’est précisément parce que je le pense. Pas pour être aimée. Pas pour séduire une galerie de spectateurs affamés de belles phrases. Pas pour récolter des applaudissements polis de gens qui confondent sincérité et stratégie sociale. Je ne collectionne pas les validations comme d’autres collectionnent des bouteilles vides ou des promesses sans lendemain. Les mots, pour moi, ne sont pas des accessoires de scène. Ils engagent. Ils portent un poids. Une responsabilité. Alors oui, je préfère le poids parfois brutal de la sincérité au confort tiède des faux-semblants. Parce qu’au moins, la vérité laisse des traces réelles, pas des illusions parfumées. Elle dérange parfois. Elle secoue. Elle casse quelques miroirs au passage. Tant mieux. Je me méfierai toujours davantage des gens qui arrangent leurs vérités pour rester aimés que de ceux qui assument la leur au risque de déplaire. La vérité n’a jamais été conçue pour être décorative. Elle n’est pas là pour embellir les salons ou flatter les égos fragiles. Elle est là pour révéler. Et ceux qui vivent dans le théâtre permanent des apparences détestent profondément qu’on allume les lumières.

Avec le temps, j’ai appris une chose essentielle : les gens vraiment solides parlent peu. Ils avancent. Ils construisent en silence pendant que les autres rédigent des plans grandioses comme des généraux de guerre… depuis le confort de leur canapé. Les petits coqs, eux, continueront de gonfler le torse au milieu de la basse-cour, persuadés que le bruit de leurs ailes suffit à faire croire qu’ils volent. Mais les petits coqs ne voleront jamais comme des aigles. L’aigle n’annonce pas son altitude. Il plane pendant que les autres crient. Voilà toute la différence.

À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité. 😉