Les Dimanches Latte

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Quelque part à Marieville, le 10 mai 2026 – Croire en soi… ou brûler de la sauge en legging beige ?

Il existe deux types de personnes sur Terre. Celles qui pensent que tout arrive pour une raison. Et celles qui ont déjà reçu un texto « tu mérites mieux ❤️ » cinq minutes après s’être fait larguer par un homme avec une photo de profil prise dans une décapotable, lunettes fumées et bronzage couleur hot-dog trop cuit. Personnellement, je navigue entre les deux avec l’élégance d’un caddie dont une roue est bloquée.

Parce qu’au fond, qui sait vraiment ? Est-ce que tout est écrit à notre naissance ? Notre voie ? Notre destin ? Nos choix ? Est-ce qu’une planète mal placée explique pourquoi certains attirent l’amour… et d’autres uniquement les hommes émotionnellement indisponibles qui « ne cherchent rien de sérieux en ce moment » ?

L’être humain adore chercher du sens partout. On regarde des signes comme si l’univers était un community manager extrêmement investi dans notre vie personnelle. « J’ai vu 11:11 trois fois aujourd’hui. » Oui. Tu as surtout regardé ton téléphone toutes les sept minutes. Mais je comprends. On veut croire qu’il existe un fil invisible. Une logique. Une architecture secrète derrière le chaos monumental qu’est la vie adulte.

Et honnêtement, il suffit de passer cinq minutes avec un fan du Canadiens de Montréal, pendant les séries éliminatoires pour comprendre jusqu’où ça peut aller. Dès que le CH gagne deux matchs, quelqu’un trouve une théorie numérique expliquant pourquoi la Coupe Stanley est « écrite dans les étoiles ». Le numéro d’un joueur additionné à la date du match donnerait le chiffre 9. Comme en 1993. Une pleine lune tomberait le même soir qu’une victoire historique. Et soudainement, un gars sur Facebook devient astrologue sportif officiel du Québec.

Et le pire ? Une petite partie de nous a envie d’y croire. Parce que penser qu’il existe un ordre caché derrière le chaos est beaucoup plus rassurant que d’accepter qu’on improvise tous… même en prolongation.

Alors certains font des vision boards. D’autres manifestent sous la pleine lune. D’autres enterrent une statuette de Saint Joseph dans leur jardin pour vendre leur maison. Ce qui, soyons honnêtes, ressemble beaucoup à une menace mafieuse adressée à l’immobilier. « Tu restes sous terre tant que la cuisine n’est pas vendue. » Et pourtant… parfois ça marche. Ou alors… les gens qui enterrent Saint Joseph ont aussi nettoyé leur garage, repeint les murs couleur coquille d’œuf et arrêté de vendre leur maison avec une photo prise au Nokia en 2006. Mystère.

Parce que voilà le problème avec la foi, l’univers, le destin et les vibrations positives : on oublie souvent la partie où il faut aussi bouger ses fesses. Croire en soi, ce n’est pas attendre qu’une énergie cosmique descende du ciel en chantant du Céline Dion pour régler nos problèmes. C’est continuer malgré la peur. Malgré le doute. Malgré cette voix intérieure qui parfois parle exactement comme une ancienne prof de maths humiliant publiquement nos capacités en classe de 4e B. (faites la conversion chers adeptes québécois).

Scientifiquement parlant, il existe pourtant quelque chose de fascinant : le cerveau adore confirmer ce qu’il croit déjà. On appelle ça le biais de confirmation. Si vous pensez que vous allez échouer, votre cerveau va chercher toutes les preuves possibles pour confirmer cette théorie : « Tu vois ? Tu as bafouillé. » « Tu vois ? Cette personne n’a pas répondu. » « Tu vois ? Tu es nul. » Mais si vous commencez à croire que quelque chose est possible, même un peu, le cerveau change subtilement sa manière d’agir. On ose davantage. On remarque des opportunités. On persévère plus longtemps. On devient moins paralysé par l’échec. Autrement dit : parfois, « l’univers » ressemble énormément à un cerveau qui arrête enfin de s’auto-saboter. Décevant pour les amateurs de sorcellerie Etsy, je sais.

Mais attention. Je ne dis pas qu’il n’existe rien de plus grand. Parce qu’il y a quand même des synchronicités étranges dans la vie. Des rencontres improbables. Des portes qui s’ouvrent au moment exact où l’on était prêt à abandonner. Et honnêtement ? Je refuse de croire que tout soit uniquement une gigantesque suite de hasards absurdes entre deux déclarations d’impôts.

Peut-être qu’il existe une mécanique invisible. Une énergie. Un alignement. Ou simplement le fait qu’à force d’avancer, on finit statistiquement par tomber quelque part. Ce qui est déjà énorme. Parce qu’on romantise beaucoup la réussite… mais très peu la persistance. On veut la magie. Le signe. La destinée. Alors qu’en réalité, beaucoup de gens ont réussi simplement parce qu’ils ont continué quand les autres se sont arrêtés. Pas très mystique. Mais incroyablement puissant.

Et puis il faut parler d’un autre sujet : le culte toxique de la positivité. Cette idée qu’il faudrait « vibrer haut » en permanence. Pardon, mais parfois je ne vibre pas haut. Parfois je vibre « micro-ondes à 2h du matin avec des pâtes dedans ». Et c’est correct aussi. Croire en soi ne veut pas dire devenir une gourou pieds nus qui explique à tout le monde que « la peur est une illusion » alors qu’elle facture 619$ sa masterclass. Croire en soi, c’est souvent beaucoup moins glamour. C’est envoyer ce mail malgré le trac. Quitter ce qui nous détruit. Recommencer à zéro à 50 ans. Écrire un livre, s’engager dans un rallye. Dire non. Dire oui. Essayer encore. Même quand rien ne garantit que ça marchera. Parce que c’est ça, le vrai courage : agir sans certitude.

Alors… tout est-il écrit dans le ciel à notre naissance ? Peut-être. Ou peut-être qu’on écrit notre histoire chaque jour avec un mélange étrange de hasard, de choix, de trauma, d’espoir, de films aux paysages extraordinaires, de café latte et de décisions prises après minuit. Ce qui expliquerait énormément de choses.

Mais ce qui est sûr : les gens qui finissent par vivre la vie qu’ils voulaient ne sont pas forcément ceux qui avaient le plus de talent. Souvent, ce sont ceux qui ont continué à croire que quelque chose était encore possible… même quand tout leur donnait une raison d’abandonner. Et ça, franchement, c’est presque plus puissant qu’une pleine lune.

À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité xoxo