Les Dimanches Latte

Publié par :

|

Date :

texts on a clear white paper

Quelque part à Magog, le 8 février 2026 – Carpe diem. Et puis merde.

On vit vite. Trop vite. On court après le temps comme s’il nous devait quelque chose, comme s’il fallait constamment le rattraper sous peine d’échouer à sa propre vie. Le stress est devenu notre bruit de fond collectif, discret mais persistant, un compagnon invisible qui s’invite partout : au réveil, au travail, à table, même dans les moments censés être calmes. L’angoisse moderne ne hurle pas toujours, elle chuchote. Elle s’installe. Elle attend.

On angoisse parce que le travail est précaire, parce que rien n’est jamais complètement acquis, parce que même quand tout semble tenir debout, on sait que ça peut s’effondrer. Je travaille en politique, un milieu où l’on avance avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Tous les quatre ans, les élections. Tous les quatre ans, la possibilité que tout s’arrête, change, ou recommence sous une autre forme. C’est un métier de passion, mais aussi d’instabilité chronique. Une vie professionnelle construite sur l’incertitude, normalisée, presque banalisée.

Et puis il y a la parentalité. Aimer à ce point, c’est apprendre à s’inquiéter en continu. On stresse pour l’avenir de ses enfants, pour leur sécurité, leur bonheur, leurs fragilités qu’on ne voit pas toujours. On veut faire les bons choix, être à la hauteur, ne pas se tromper. Comme si c’était possible de traverser une vie sans erreur. Comme si l’amour suffisait à garantir l’absence de peur.

On stresse aussi pour tout le reste : faire le bon choix de vie, le bon conjoint, les bonnes décisions financières, la bonne trajectoire. On veut bien faire. Trop bien faire. À force, on vit dans la peur permanente de mal faire. Et on oublie parfois de vivre pendant qu’on réfléchit à la meilleure façon de le faire.

Alors il reste quoi, au fond, pour se détendre? À quel moment on respire vraiment? À quel moment on se dit carpe diem sans lever les yeux au ciel? Parce que soyons honnêtes : le carpe diem est devenu une injonction de plus. Profite. Lâche prise. Sois zen. Souris. Respire. Pendant que la réalité, elle, continue de courir, de presser, de facturer, d’exiger. Alors parfois, entre deux respirations conscientes et un mantra mal récité, il y a ce moment beaucoup plus sincère où l’on se dit simplement : et puis merde.

Et peut-être que c’est là que ça commence. Pas dans la sagesse parfaite, ni dans l’illumination permanente, mais dans cette permission qu’on se donne. Celle de ne pas tout contrôler. De ne pas tout régler aujourd’hui. D’accepter que la vie soit incertaine, imparfaite, parfois angoissante, et quand même profondément vivante. Peut-être que calmer le stress, ce n’est pas l’éliminer, mais lui refuser le poste de directeur général de notre existence. Il peut rester, s’asseoir dans un coin, mais il ne décide plus.

Finalement, se détendre, ce n’est peut-être pas fuir l’angoisse, mais apprendre à vivre avec elle sans lui céder le volant. Et parfois, très honnêtement, ça ressemble moins à carpe diem… qu’à carpe diem, oui… et puis merde aussi.

À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité ☕.