Quelque part à Repentigny, le 31 janvier 2026 – Il y a des chiffres qui ne devraient jamais devenir des habitudes.
En ce début d’année, apprendre qu’il y a déjà eu quatre féminicides ne provoque pas chez moi juste une immense tristesse. C’est une révolte. Une colère profonde. Parce que derrière ce mot, il n’y a pas des statistiques : il y a des femmes, des vies interrompues, des silences qui s’installent.
Alors, appelons un chat un chat.
Un féminicide, ce n’est pas un homicide comme un autre. Ce n’est pas un accident. Ce n’est pas un “drame familial”, ni une histoire d’amour qui a mal tourné.
Un féminicide, c’est le meurtre d’une femme parce qu’elle est une femme, le plus souvent commis par un conjoint ou un ex-conjoint. C’est un crime de domination. Celui qui porte ce geste abominable, c’est tout simplement: un tueur de femme.
La violence ne surgit jamais d’un seul coup. Elle s’installe lentement, presque sournoisement. Elle commence par le contrôle, par les interdictions déguisées en inquiétude, par la jalousie présentée comme une preuve d’amour. Elle isole, elle rabaisse, elle fait peur. Et trop souvent, quand la femme parle, on minimise. On doute. On lui demande d’être patiente, prudente, conciliante. Comme si sa survie dépendait de sa capacité à ne pas déranger.
Pourquoi on en arrive là ?
Parce que la violence masculine est encore trop souvent excusée, relativisée, tolérée. Parce que quitter un homme violent reste l’un des moments les plus dangereux pour une femme. Parce que les signaux d’alerte existent, mais qu’ils sont trop souvent ignorés jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Les agresseurs n’ont pas tous le même visage, mais ils partagent des traits communs : un besoin extrême de contrôle, une incapacité à accepter la perte, une colère nourrie par le sentiment de toute-puissance. Ce ne sont pas des monstres sortis de nulle part. Ce sont des hommes à qui l’on a appris, ou laissé croire, que la domination était acceptable.
Et cette réalité nous oblige à élargir le regard.
La lutte contre les féminicides ne peut pas reposer uniquement sur les femmes.
Les hommes aussi doivent prendre leur place. Les hommes bien. Les pères, les frères, les amis. Ceux qui peuvent parler aux autres hommes, reprendre les mots, corriger les gestes, refuser les blagues, les silences, les excuses. Ceux qui peuvent enseigner dès le plus jeune âge que l’amour n’est jamais une prise de pouvoir, que le respect n’est pas négociable, et qu’on ne frappe pas une femme, même avec une rose.
Éduquer les garçons, responsabiliser les hommes, briser le silence : voilà où commence la prévention. Parce que le silence protège toujours l’agresseur. La parole, elle, peut sauver.
Ma révolte n’est pas dirigée contre les hommes. Elle est dirigée contre un système qui édulcore, qui excuse, qui transforme des crimes en faits divers. Nommer le féminicide, c’est refuser l’oubli. C’est refuser que ces morts deviennent banales. C’est exiger que la société regarde enfin ce qu’elle tolère.
À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité ☕

