Quelque part au Québec, le 4 janvier 2025 – Pourquoi tromper… au lieu de partir ?
Pourquoi tromper plutôt que quitter. La question est brutale, simple en apparence, et pourtant terriblement complexe quand on la regarde de près. Tromper, bien souvent, n’est pas un choix amoureux, mais un non-choix. Quitter demande une maturité émotionnelle que beaucoup n’ont pas. Quitter, c’est accepter d’être celui qui fait mal, celui qui tranche, celui qui assume la fin d’une histoire et la douleur qui l’accompagne. Tromper permet de rester dans une zone floue, confortable, où l’on garde la maison, la famille, l’image du mari «parfait», de l’homme «bien», tout en s’offrant ailleurs une échappatoire. Je mets homme mais je pourrai tout autant faire cette article pour les femmes, car la tromperie n’a pas d’exclusivité de genre.
Il y a aussi l’angoisse du choix. Choisir, c’est renoncer, et renoncer signifie accepter de ne pas tout avoir. Quitter pour une autre, c’est risquer de se tromper, de perdre une stabilité pour une illusion, de regretter. Alors on ne choisit pas. On cumule. On additionne les vies, les femmes, les versions de soi. L’une rassure, l’autre fait briller. L’une connaît les silences, l’autre ignore encore les fissures.
Et puis il y a cette peur profonde d’être le « mauvais». Celui qui détruit la famille, celui qu’on pointe du doigt, celui qui porte la responsabilité officielle de la rupture. Tromper permet de déplacer la faute, de se raconter qu’on n’a pas vraiment quitté, qu’on n’a fait de mal à personne, du moins en surface. C’est aussi, souvent, une immense immaturité affective : ne pas savoir nommer ce qui manque, ne pas savoir traverser l’ennui, ne pas savoir que l’amour adulte demande parfois du travail plutôt que de la nouveauté.
Tromper, c’est éviter la conversation difficile, celle qui oblige à regarder l’autre dans les yeux et à dire la vérité. C’est repousser l’instant où il faudra assumer ses désirs, ses lâchetés, ses peurs. Mais la vérité ne disparaît jamais. Elle s’infiltre dans les absences, dans les regards fuyants, dans l’intuition de celle qui sent avant même de savoir.
On ne trompe pas par excès d’amour ni même par excès de désir. On trompe par peur de décider, par peur de perdre, par peur de vieillir, par incapacité à accepter qu’une histoire puisse avoir une fin digne. Quitter est un acte adulte. Tromper est un compromis fragile, confortable un temps, destructeur à long terme.
À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité. ☕

