Les Dimanches Latte

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Quelque part à Paris, le 28 décembre 2025 – Le devoir d’enfant : entre présence, distance et racines

Il y a des questions qui ne font pas de bruit. Elles ne claquent pas comme des portes, ne s’annoncent pas comme des crises. Elles arrivent un dimanche matin, tasse chaude entre les mains, quand le monde ralentit enfin. Le devoir d’un enfant envers ses parents en fait partie. Être là, parce qu’ils nous ont portés. On grandit souvent avec cette idée, plus ou moins dite, plus ou moins lourde : les parents vieillissent (bien sûr comme tout le monde, enfants inclus), et quand ils vieillissent, nous leur devons quelque chose. Une présence. Une attention. Une forme de retour. Après tout, ils ont été là au commencement. Ils ont tenu la main, payé les factures, pansé les chagrins, rassuré les nuits trop longues. Alors, quand les rôles s’inversent doucement, il semblerait naturel d’être là à notre tour. Physiquement. Concrètement. Sans trop discuter. Dans cette logique, s’éloigner, quitter le territoire, refaire sa vie ailleurs, peut ressembler à une forme d’abandon. Comme si l’amour devait forcément se mesurer en kilomètres parcourus, en repas partagés, en visites régulières.

Et pourtant.

Partir, pour certains, n’est pas une fuite. C’est une construction. Quitter le territoire, parfois depuis plus de vingt ans comme ce que personnellement j’ai fait, n’efface ni l’amour, ni la reconnaissance. Cela transforme simplement la manière de les exprimer. Il y a des enfants qui ont dû partir pour respirer. Pour devenir adultes. Pour exister autrement que dans le regard parental. Ou juste parce que l’on en avait envie, car on ne veut pas vivre dans son pays de naissance pour x raisons. La distance géographique n’est pas toujours une distance du cœur. Elle peut être le prix à payer pour un équilibre, une paix intérieure, une identité assumée. Et rester, coûte que coûte, par devoir seul, peut parfois engendrer du ressentiment. Vieillir fait peur. Pour eux. Pour nous. Mais le vieillissement des parents ne peut pas, à lui seul, effacer le droit qu’a un enfant de mener sa propre vie.

Alors, que reste-t-il ?

Peut-être une autre définition du devoir. Moins rigide. Moins géographique. Il y a les racines de la patrie, la terre, la langue, les habitudes, les souvenirs d’enfance, de ses amitiés qui perdurent dans le temps. Et puis il y a les racines du cœur, celles que l’on emporte avec soi, même à des milliers de kilomètres. Honorer ses parents ne signifie pas toujours être présent physiquement. Cela peut vouloir dire appeler souvent. Écouter vraiment. Se rendre disponible émotionnellement. Revenir quand c’est possible. Être là dans les moments qui comptent, même si l’on vit ailleurs.

Les racines, finalement, ne nous attachent pas pour nous empêcher d’avancer. Elles nous nourrissent pour que nous puissions tenir debout, où que nous soyons. Et peut-être que le vrai devoir d’un enfant n’est ni de rester, ni de partir, mais de rester fidèle à ce qu’il est devenu, sans renier d’où il vient.

À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité. ☕