Les Dimanches Latte

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child celebrating next to a woman playing the flute

Quelque part à Sainte-Julie, le 31 mai 2026 – Les parents de cœur : ces saints non canonisés qui élèvent les enfants des autres.

On parle souvent des parents biologiques comme s’ils détenaient automatiquement la médaille olympique de l’amour inconditionnel. Pourtant, il existe une catégorie de personnes qui mérite probablement une place VIP directement au paradis : ceux qui choisissent d’aimer les enfants des autres. Parce qu’il faut être honnête deux minutes : les enfants des autres, ce n’est pas toujours simple.

Le rôle de beau-parent, de parent de cœur, c’est un mélange étrange entre éducateur, psychologue, chauffeur Uber non rémunéré, médiateur de crise et figurant secondaire dans une pièce où on vous rappelle régulièrement que « t’es pas ma/mon mère/père ». Ambiance toujours des plus agréables… Mais paradoxalement, c’est souvent à nous qu’ils se confient. Peut-être parce qu’on ne représente pas l’autorité officielle. Peut-être parce qu’on arrive sans l’historique familial, sans les vieilles guerres accumulées depuis la naissance. On devient une zone tampon. Un endroit plus neutre. Plus respirable. Et parfois, ce lien devient énorme.

Dans mon cas, je peux dire quelque chose qui choque toujours un peu : il a été plus difficile de me séparer de mes beaux-enfants que de leur géniteur. Parce qu’un adulte, on sait pourquoi on le quitte. Les enfants, eux, restent collés au cœur d’une manière beaucoup plus brutale et beaucoup moins logique. Par contre, qu’on soit clairs : être parent de cœur ne veut pas dire mentir. Mes beaux-enfants avec moi avaient toujours l’heure juste. Tu fais un dessin atroce avec une espèce de soleil qui ressemble à une pomme de terre radioactive ? Ne t’attends pas à ce que je te compare à Henri Matisse. Tu pars dans le mauvais sens pendant ton match de football ? Je vais t’encourager… mais je vais aussi te signaler discrètement que ton équipe attaque de l’autre côté du terrain. Et à chaque début de game, crois-moi sur parole, je vais te le rappeler jusqu’à ton premier emploi (ça c’est la partie chiante un jour, chiante toujours mais attachante ;-). Ton spectacle de danse ressemble à une évacuation d’urgence en musique ? On applaudit quand même, évidemment. Avec amour. Mais lucidement. Je crois profondément qu’on peut aimer les enfants sans les transformer en génies universels à chaque respiration. Et honnêtement, les enfants sentent très vite la différence entre un adulte sincère et un adulte qui applaudit juste pour la photo Facebook.

Puis il y a l’autre côté de l’histoire : celui des beaux-parents qu’on a eus nous-mêmes. Moi, mon beau-père a officiellement gagné sa place au ciel depuis longtemps. Et sans procédure d’appel possible. J’étais… comment dire ça élégamment ?
Rock and roll.

Pas dans le sens « faire des conneries monumentales ». Non. Pas de drogue. Pas de j’ai fait brûler un entrepôt. Pas de je m’attache à un arbre pour la défense des écorces brunes. Mais de me faire dire quoi faire n’a jamais été ma compétence principale. Ni secondaire. Ni tertiaire. J’ai toujours eu un léger problème avec l’autorité, les règles absurdes, les « parce que c’est comme ça », les cadres rigides et probablement avec toute personne utilisant la phrase « on va se calmer » sur moi.

Et pourtant, il a toujours été là. Pas dans une relation parfaite. Pas dans un conte Disney. Pas avec des violons en arrière-plan et des brunchs émotionnels tous les dimanches. Une vraie relation. Parfois compliquée. Parfois tendue. Parfois drôle malgré nous. Mais vraie. Et au fond, c’est peut-être ça qui définit un parent de cœur : quelqu’un qui choisit le lien malgré les portes qui claquent, les caractères impossibles et les adolescents qui pensent tout savoir alors qu’ils ne retrouvent même pas leur chargeur. Le sang crée parfois une famille. Mais la présence, elle, crée l’attachement.

Et franchement, les adultes qui survivent émotionnellement à l’éducation d’enfants qui ne sont même pas biologiquement les leurs devraient recevoir une médaille, un spa à vie, une excellente bouteille de vin… et même, ce fameux dessin horrible avec un soleil vert et un chien qui ressemble à une chaise, qu’ils afficheront malgré tout comme une œuvre du Louvre.

À dimanche prochain, autour d’un latte… et d’un peu plus de vérité. xoxo